-A A +A

Portrait d'Alain Loriolle, DGS de la communauté de communes du Pays de Lapalisse (03)

Lapalisse (03)

Acteur d’une mutualisation historique, Alain Loriolle est depuis 2003 le directeur général des services de la communauté de communes du Pays de Lapalisse. Il évoque son parcours atypique, d'une étape dans la grande distribution à la direction territoriale, et le développement de son projet d’espace « co-working » au sein de la cellule économique de sa collectivité.

Mon parcours

« Après mon DUT de gestion des entreprises et des administrations, je me destinais à entreprendre une carrière dans la comptabilité, le contrôle de gestion ou la finance. J’ai travaillé une dizaine d’années dans le secteur privé, tout d’abord au sein d’une PME de confection textile, puis dans la grande distribution en tant que chef comptable d’un hypermarché, d’abord à Nancy puis Vichy. J’ai ensuite rejoint le Groupe L’Oréal, où j’ai été chargé du contrôle de gestion pendant deux ans. Lorsque le groupe a transféré mon poste au siège, à Levallois-Perret en banlieue parisienne, je n’ai pas voulu suivre et me suis mis en quête d’un nouveau poste dans le département de l’Allier.

J’ai alors rencontré le maire de la commune de Lapalisse, qui cherchait depuis quelque temps son secrétaire général : mon expérience du privé, mon dynamisme ont été appréciés. Hormis l’aspect juridique, je maîtrisais les compétences nécessaires à la fonction. Nous avons signé un contrat de trois ans pendant lesquels je m’engageais à passer les concours de la Fonction Publique Territoriale, ce qui m’a par ailleurs été profitable pour une mise à niveau sur les points de Droit.  

J’ai été secrétaire général de Lapalisse de 1991 jusqu’en 2003. Cette année-là, le maire de l’époque a souhaité mutualiser le poste de DGS avec la communauté de communes qui réunissait 14 communes. Une mutualisation « avant-gardiste », car nous étions les seuls du département à fonctionner ainsi ! L’opération s’est faite progressivement par le transfert de charges et le transfert de compétences. Nous sommes aujourd’hui un EPCI à fiscalité propre parmi les plus intégrés avec un coefficient (CIF) à 0, 51. 

Mon parcours est atypique dans la Fonction Publique Territoriale, pourtant, même si cette notion parait usée, j’aime l’idée de servir l’intérêt général, cette valeur prime pour moi depuis que j’ai épousé la fonction. Je me sens utile pour servir et faciliter la vie des usagers : au sein des communes ou intercommunalités, nous sommes le premier échelon de proximité vers lequel vont naturellement  les citoyens.

Par ailleurs cette fonction embrasse toutes les compétences que je souhaitais explorer, qu’il s’agisse de la gestion, du management ou de la communication…  A mon sens, au risque de heurter certains de mes collègues, une collectivité publique doit se gérer comme une entreprise, en cherchant à rendre le meilleur service au meilleur coût. Nous devons être capables d’une efficience maximale avec les moyens mis à notre disposition : cette notion était quelque peu perdue de vue, mais la baisse des dotations de l’Etat nous la rappelle à présent constamment.

Naturellement la mutualisation démultiplie la fonction. Le poste est très riche de ce fait, avec l’objectif de renforcer encore le processus avec l’ensemble des communes. A ce jour, tous les services sont mutualisés entre Lapalisse et la communauté de communes, à l’exception des accueils qui sont encore distincts dans nos locaux mitoyens. La mairie conserve l’Etat-civil, le service des élections ou encore les affaires funéraires. 

Nous pallions le désinvestissement de l’Etat alors qu’il œuvre à transférer ses compétences sur les collectivités. Ainsi avons-nous pris les rênes de l’urbanisme. Les délais étaient auparavant très longs pour obtenir les permis de construire, aujourd’hui le service est proche de l’usager et beaucoup plus rapide, mais engendre un coût car nous avons dû engager un urbaniste… Cependant n’est-ce pas préparer l’avenir ? En prenant en compte le fait que la réforme territoriale va désormais imposer à la majorité des EPCI d’élaborer des PLUI,  je pense que notre initiative n’était pas dépourvue de sens.

Ma journée de DGS 

Je gère une équipe de 60 agents (50 équivalents temps pleins), pour les 8 900 habitants que compte la communauté de communes. Je commence ma journée en consacrant une heure à répondre aux courriels, une pratique que je trouve de plus en plus invasive ! 

J’enchaîne alors avec les réunions de chefs de services, ou de groupes sectoriels de travail ; j’ai également un contact quotidien avec l’exécutif en fin de matinée. Nous avons d’ailleurs gagné en efficacité depuis que le maire de Lapalisse est le président de la « Com Com », ce qui n’était pas le cas lors du précédent mandat.

Le début de l’après–midi regroupe les entretiens téléphoniques, puis je consacre deux à trois heures aux dossiers de fonds, à la préparation des conseils communautaires ou municipaux. Deux soirées par semaine sont réservées aux réunions de conseils, de commissions thématiques ou autres comités de pilotage et consultatifs.

Mon épouse travaille dans le secteur de la distribution, nous menons tous deux une vie professionnelle trépidante ! Heureusement nos deux grands enfants, âgés de 29 et de 24 ans, sont à présent indépendants. 

Je continue à pratiquer la course à pied une à deux fois par semaine, et j’ai développé une passion pour la pêche à la truite à la mouche depuis cinq ans. Le Pays de Lapalisse offre des rivières très poissonneuses, j’y trouve une bonne alternative pour faire le vide, au bruit du ruissellement des cascades, au cours du printemps et de l’été.

Notre projet  

Le projet de création d’un espace de travail partagé (espace co-working) a été validé par les élus l’année dernière, au moment du transfert de l’Office du tourisme au pied du château de Lapalisse. Nous avons donc choisi de destiner l’ancien local au développement économique du pays.

Il s’agit d’un espace partagé de 230 m2 que nous destinons à l’entrepreneuriat sous plusieurs formes : l’accueil de porteurs de projet, l’hébergement d’activités nouvelles à l’image d’une pépinière d’activités de services et le télétravail. Nous possédons une grande salle de réunion que nous louons à des organismes de formation, ou à des indépendants à la recherche d’un lieu pour organiser des rendez-vous professionnels. Le gros atout de cet espace est une puissante connexion Internet apte à satisfaire les activités les plus demandeuses en haut débit.


Espace co-working de la Com Com du Pays de Lapalisse


Si les quatre bureaux locatifs ont d’ores et déjà trouvé preneurs, six postes de télétravail sont encore disponibles. Nous réfléchissons à des pistes de développement en nous rapprochant par exemple de salariés locaux qui travaillent chez Michelin à Clermont-Ferrand ou dans d’autres entreprises, mais cette pratique n’est pas encore vraiment entrée dans les mœurs professionnelles. L’opération prendra avec le temps ! 

L’animation et le développement de la cellule requièrent la présence de quatre personnes, qui alternent à l’accueil. Un agent a été recruté avec le financement du département et des fonds européens, via le Pays de Vichy. Nous sommes présents un jour chacun, j’y suis tous les mercredis.

Il me tenait à cœur de doter la communauté de communes d’une cellule économique, chargée de conseiller et d’accompagner les entrepreneurs du pays de Lapalisse à chaque stade de leur projet, je suis heureux de la création de cet espace qui en est la manifestation visible.»

Propos recueillis par Sophie Périès